Apprendre à signer pour mieux inclureLa langue des signes s’invite à l’université

Par Direction de la communication

Dans le cadre du projet HEPHAESTOS, le centre de ressources en langue de l'UPPA propose un cours d’initiation à la langue des signes ouvert aux étudiants et aux personnels. Cette unité d’enseignement transverse permet de découvrir une langue visuelle et gestuelle tout en sensibilisant la communauté universitaire aux enjeux de l’accessibilité et de l’inclusion. Une expérience pédagogique qui change le regard… et la manière de communiquer.

Entretien avec l’enseignante

Sonia Dartigueperou, enseignante en langue des signes française à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour

Au-delà de l’apprentissage d’une langue, quels sont les principaux changements de regard que vous observez chez les participants lorsqu’ils découvrent la langue des signes ?

Le premier changement que j’observe, que ce soit au début ou un peu plus tard, concerne le regard qu’ils portent sur eux-mêmes. L’apprentissage de la langue des signes passe par le corps, par les expressions du visage… presque comme du théâtre. Petit à petit, je les sens plus à l’aise, moins “enfermés” dans leur corps. Il y a moins de peur du ridicule, plus de liberté. On assiste à une véritable expansion de l’expression de soi. D’ailleurs, dans certains établissements, les collègues remarquent que les apprenants deviennent aussi plus à l’aise à l’oral.

En quoi cet enseignement s’inscrit-il dans la démarche inclusive portée par le projet HÉPHAESTOS à l’université ?

Cet enseignement s’inscrit pleinement dans une démarche d’ouverture et d’inclusion. Apprendre la langue des signes, c’est avant tout permettre de rendre la communication plus accessible et de mieux prendre en compte les besoins des personnes sourdes ou malentendantes. C’est aussi une manière de sensibiliser les participants aux enjeux du handicap et de favoriser des interactions plus inclusives au sein de l’université.

Quels sont les premiers apprentissages concrets que les apprenants acquièrent après quelques séances seulement ?

Malgré un nombre d’heures limité, les résultats sont rapides. Les participants sont capables de se présenter, de poser des questions simples, d’y répondre, ou encore de décrire leur environnement. Dès le premier cours, je les mets en situation : ils peuvent déjà signer pendant deux minutes, seuls ou en interaction. Mon objectif est de leur donner des outils, des structures, pour qu’ils puissent communiquer rapidement, même avec peu de vocabulaire.

Témoignages des participants

Christian Paroissin, enseignant-chercheur en mathématiques, campus de Pau

« J’ai choisi de suivre ce cours par curiosité. Je ne suis pas forcément très doué pour apprendre des langues, mais j’aime en découvrir les bases. J’avais déjà suivi des formations en italien ou en basque, et j’ai toujours été fasciné par la langue des signes, notamment en regardant des interprètes lors d’événements publics, sans jamais avoir eu l’occasion de l’apprendre.

Ce qui m’a le plus surpris, c’est que parler la langue des signes ne consiste pas seulement à utiliser ses mains. C’est tout le corps qui est mobilisé, y compris la bouche. Il y a un côté presque théâtral.

Je ne pense pas que cette initiation change fondamentalement ma perception du handicap auditif, car je pense que nous sommes déjà sensibilisés. Mais cela renforce peut-être une forme d’empathie. Néanmoins, je me suis surpris à plus utiliser les mains lorsque je donne un cours. Est-ce que je le faisais déjà avant ? Je ne sais pas. En tout cas, je ne mets pas le même sens derrière ces gestes.

Le premier signe appris ? Comme dans toute langue, “bonjour”. Puis se présenter. Cela montre bien que c’est une langue comme les autres. »

Virginie, gestionnaire de scolarité, campus de Bayonne

« J’ai choisi cette formation avec un objectif très concret : être capable d’accueillir et de répondre aux personnes malentendantes dans le cadre de mes fonctions. Pour moi, c’est un devoir, en tant qu’agent du service public, mais aussi dans la vie quotidienne, par exemple dans les transports.

Ce qui m’a le plus surprise, c’est l’apprentissage par le corps, que j’apprécie beaucoup.

Nous avons appris dès les premiers cours à dire “bonjour”, “merci” et à nous présenter. Aujourd’hui, quand je croise des personnes malentendantes, je suis plus attentive aux signes qu’elles font, même si c’est encore trop rapide pour moi.

Je recommande vraiment à tout le monde de s’intéresser à cette forme de communication, par souci d’inclusion. »

Camille Lesage, étudiante en L1 AES (reprise d’études)

« Ma pratique de la danse classique indienne Odissi, où chaque geste correspond à un mot ou une idée, a été un point de départ dans ma sensibilité à la communication non verbale. J’ai aussi eu l’occasion de rencontrer la communauté sourde de Montpellier par le biais de ma professeur de danse, ce qui a renforcé cet intérêt.

Dans mes expériences professionnelles, j’ai souvent ressenti une frustration de ne pas pouvoir communiquer avec des personnes sourdes. C’est pour cela que cette formation a beaucoup de sens pour moi. La mise en place de cette UE transverse est, selon moi, un signal fort de l’engagement de l’université en faveur de l’inclusion.

Je ne suis pas forcément surprise par ce que j’apprends, mais je trouve l’enseignement très pédagogique, ce qui permet un véritable épanouissement.

Le premier signe important pour moi n’est pas “bonjour” ou “merci”, que je connaissais déjà, mais “désolé/pardon”, que je trouve très utile quand on débute. Et le signe qui m’identifie est sans doute celui qui a le plus de valeur, car il me représente dans cette communauté. »